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Les 3èmes Journées Vincent Merle – 14 et 15 juin 2022

La troisième édition des Journées Vincent Merle (JVM) se tiendra les 14 et 15 juin 2022 au Centre régional Vincent Merle (Pessac).

Le programme de ces journées sera construit autour du thème « L’entreprise formatrice dans tous ses états ».

Ces rencontres biennales aborderont notamment les politiques de formation en entreprise en termes d'enjeux et perspectives.

Coordonné par Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine, cet événement s’adresse à un large public : décideurs, chercheurs et opérateurs de l’éducation, de la formation, de l’orientation et de l’emploi.

 

L’entreprise formatrice dans tous ses états : Editorial

Le tournant des années 1960-1970 fut l’heure de « l’éducation permanente », grand récit porté notamment lors des réflexions pluriannuelles menées au sein de grandes organisations internationales. Alors que dans les pays scandinaves, c’est la mise sur pied d’une « seconde chance » qui est alors au centre des initiatives gouvernementales et que dans les  pays germaniques, c’est la continuation de l’apprentissage dans le champ de la formation continue (brevets de Meister, de Fachwirt, de Techniker etc.) qui mobilise les partenaires sociaux, la France se distingue par la focalisation de la négociation collective (accords nationaux interprofessionnels – ANI - de 1970) et de la législation (loi du 16 juillet 1971) sur le développement de la formation professionnelle continue (FPC) dans l’entreprise.

Pour autant, le vocable d’ « entreprise formatrice » est, à cette époque au moins, sans doute excessif, en tout cas, décalé pour au moins trois raisons :

  • Tout d’abord, la loi institue, pour les seules entreprises de 10 salariés et plus, une obligation de dépenser pour la FPC (le fameux « 1 % formation ») mais pas nécessairement de former chaque année certains de ses propres salariés ;
  • En outre, quand tel est le cas, doivent être respectées des normes légales – formation en dehors du temps de travail et mobilisant des moyens spécifiques en vue de réaliser un programme préétabli – qui privilégient la figure du stage et laisse de côté les formations dites informelles, en situation de travail notamment ;
  • Enfin, du fait notamment de ce possible déphasage – qui s’avèrera très fréquent dans les petites unités moins en mesure de se saisir de la forme stage -, l’espace de référence déborde du cadre de l’entreprise avec l’émergence de fonds de mutualisation, sur une base sectorielle ou territoriale (pour les petits établissements), précisément chargés de collecter les fonds que les entreprises contributrices au « 1 % » n’ont pas utilisés dans l’année au profit de leurs propres salariés. Si, dans certains cas – par ailleurs significatifs, comme dans la métallurgie -, ces organismes sont alors contrôlés par le seul patronat, prévalent plutôt, dans nombre de branches, des fonds d’assurance-formation (FAF), paritaires, cette configuration devenant d’ailleurs la norme dans les années 1980. Se sont ainsi constitués des instruments de financement appelés à devenir les figures emblématiques d’un paritarisme à la française. Souvent décriés, notamment pour leurs faibles effets redistributifs , ces organismes feront l’objet de plusieurs « rationalisations » de leurs périmètres et de leurs compétences, en règle générale imposées par le gouvernement, la dernière en date étant toute récente avec la création en 2018 des OPCO  remplaçant les OPCA  créés par une loi de 1993.

Régulièrement entretenue à force de rapports, parlementaires ou de la Cour des comptes, à tonalité souvent critique, cette chronique de la mutualisation indique à tout le moins qu’une réflexion sur « l’entreprise formatrice » ne saurait se limiter à une unité de production ou à une raison sociale unique mais doit se saisir de dimensions collectives. Celles-ci sont d’autant plus incontournables que, depuis 50 ans, l’implication de l’entreprise dans la FPC résulte notamment de la négociation collective, d’abord interprofessionnelle, mais aussi sectorielle – plus rarement territoriale il faut le noter -, les accords de branche étant censés traduire et instrumenter les ANI et les « lois négociées » qui en sont issues. Sur la longue durée, nombre de branches ont ainsi instauré, en matière de formation continue, des « lois professionnelles » qui constituent, à tout le moins, des repères collectifs incontournables et fortement diversifiés. La construction de ces « stratégies » de branches a souvent été accompagnée par les pouvoirs publics sous la forme de contrats, les engagements de développement de la formation (EDDF) à partir de 1984, devenus dans les années 2000 les engagements de développement de l’emploi et des compétences (EDEC). Mais la contractualisation a permis de diversifier les regroupements d’employeurs éligibles : outre la branche, des sous-secteurs, des regroupements territoriaux, des réseaux donneurs d’ordre – sous-traitants etc. sont venus compléter, parfois concurrencer, la référence collective prédominante de la branche. De plus, la décentralisation croissante de la formation continue a installé durablement les Régions dans les configurations de référence, par exemple par l’entremise des contrats d’objectifs territoriaux censés croiser branches et espace régional.

A l’origine, le recours à la formation continue était censé favoriser le développement des qualifications reconnues des salariés, en particulier dans le cadre de marchés internes étayés par les plans de formation des entreprises, eux-mêmes éventuellement soutenus par les moyens attribués par les FAF et par des règles propres à la branche d’appartenance. A l’évidence, tant du point de vue des normes que de celui des pratiques, les évolutions sont à cet égard sensibles : la référence montante aux compétences – avec le flou qui est attaché à ce terme – contribue à diversifier la conception  même de ce qu’est ou doit être une action de formation continue liée à l’entreprise : pas nécessairement pendant le temps de travail, parfois co-financée par le salarié et son employeur, réalisée en situation de travail, articulée à une possible ou probable mobilité externe, soit préventivement ou « à chaud » en cas de restructuration. En bref, la souplesse semble être de mise, tant d’un point de vue organisationnel qu’institutionnel. Le référentiel, aujourd’hui prédominant, de « la formation tout au long de la vie », en est sans doute à la fois un vecteur et une traduction normative supplantant l’éducation permanente d’il y a 50 ans. C’est d’autant plus le cas qu’à compter de 1983, la négociation collective et la gestion paritaire a été appelée à se saisir de la formation des jeunes.

Sur le registre institutionnel, tant dans les rhétoriques politiques que, plus modestement (en tout cas en France), dans les pratiques d’entreprises et de branches et les politiques publiques, s’est imposé le lien normatif entre recours à la formation et (sécurisation des) parcours professionnels. Est en jeu une redéfinition des partages de responsabilité en matière de formation continue entre employeurs, salariés et pouvoirs publics. L’individualisation qu’elle porte est manifestement une tendance lourde : d’une coupure normative originelle entre l’action de formation à l’initiative de l’employeur et le projet personnel (le rare congé individuel de formation – CIF – géré - ou plutôt rationné - paritairement) finançable sur la base des contributions des entreprises, on est passé aujourd’hui au compte personnel de formation (CPF), censé être universel et possiblement abondé par divers acteurs collectifs en vue de soutenir « la liberté de choisir son avenir professionnel », y compris en vue d’une reconversion professionnelle. D’une certaine manière, cette focalisation sur le compte personnel, qui renforce et instrumente la thématique des parcours professionnels, prend acte de la recomposition et de la fragilisation des marchés internes.

Il est vrai qu’au fil des décennies, les plans de formation et les règles issues de la négociation collective (de tous niveaux), reprises ou relayées parfois par l’intervention publique, ne sont pas véritablement parvenus à endiguer les fortes inégalités d’accès à la FPC pourtant précocement pointées (dès le courant des années 1970), qu’elles soient liées à la qualification de l’emploi, à l’âge, à la taille de l’entreprise et au genre. Pour autant, les plans d’égalité professionnelle multithématiques demeurent une figure bien présente de l’action publique.

Ces troisièmes Journées Vincent Merle se saisiront de tout ou partie de ces enjeux relatifs à « l’entreprise formatrice dans tous ses états » en jouant sur les échelles (de l’unité entreprise aux rhétoriques et instrumentations nationales et européennes en passant par les espaces des branches et des territoires).

Certaines questions pourraient s’avérer particulièrement cruciales :

  • A quelles conditions les politiques de formation d’entreprises peuvent-elles concilier égalité(s) et compétitivité(s) ?
  • Que veut-dire aujourd’hui se former dans une entreprise, tant du point de vue des modalités que de la reconnaissance professionnelle tant pour les salariés bénéficiaires que pour les formateurs ?
  • L’espace de la branche est-il encore aujourd’hui une référence pertinente pour concevoir et développer la formation professionnelle continue ?
  • Pourquoi et comment une (petite) entreprise devient-elle formatrice ?

A l’origine prévues en janvier 2021, ces JVM ont été reportées du fait de la crise du COVID. Le télétravail s’est développé comme l’usage du numérique en formation initiale comme en formation continue. Cette question de la digitalisation risque de poindre dans ces réflexions et débats sur l’entreprise formatrice, l’expérience du COVID étant aussi celle des « alternatives » notamment numériques, développées initialement pour éviter de suspendre toute activité de formation mais peut-être susceptibles d’impulser des transformations durables.


Pour le Comité scientifique, les co-présidents :

Éric Verdier
Directeur de recherche émérite CNRS au Laboratoire d’économie et de sociologie du travail (LEST), Aix-Marseille Université
Frédéric NEYRAT
Professeur de sociologie à l’Université de Rouen Normandie.

Programme prévisionnel

Ce programme n'est pas définitif. Les organisateurs travaillent actuellement à le finaliser.

Les Journées Vincent Merle commenceront par une conférence introductive de Bénédicte Zimmermann : Entreprise formatrice et capacité d'agir des salariés. Une comparaison franco-allemande.

A l'issue de cette conférence, se tiendront plusieurs ateliers et tables rondes.

Thèmes des tables-rondes

  • L’entreprise formatrice : au-delà de la forme scolaire ?
  • Politiques publiques et actions collectives à l’épreuve des usages de la formation continue dans les petites entreprises
  • D'autres types d'entreprises ou d'organisations formatrices : enjeux et perspectives

Les ateliers qui suivront les tables rondes permettront d'approfondir ces sujets avec des intervenants d'horizons divers.
Programme à venir

Comité scientifique

Le Comité scientifique des Journées Vincent Merle

Présidé par Frédéric Neyrat et Éric Verdier


Thierry Berthet
Directeur du LEST (Laboratoire d’économie et de sociologie du travail), Aix-Marseille Université

Isabelle Houot
Maître de conférences en sciences de l'éducation, Université de Lorraine

Alain Jeannel
Professeur émérite en sciences de l’éducation de l’Université de Bordeaux – Réalisateur-Producteur Cinéma et Télévision

Nathalie Lamuela
Responsable de pôle – Direction appui aux professionnels – Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine

Frédéric Neyrat
Professeur de sociologie à l’Université de Rouen Normandie

Robert Pierron
Délégué régional Nouvelle-Aquitaine de l’Association française pour le développement de l’enseignement technique (AFDET)

Régis Roussel
Responsable "Europe" & "Politiques régionales" chez Centre Inffo

Sébastien Thierry
Directeur adjoint de l’Agence Erasmus + France

Éric Verdier
Directeur de recherche émérite CNRS au LEST (Laboratoire d’économie et de sociologie du travail), Aix-Marseille Université

Josiane Véro
Ingénieure de recherche au Département Formation et Certification du Céreq


Coordination Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine

Olivier Maurice
Directeur de la communication et attractivité des métiers

Stefania Parello
Chef de projet Direction des services aux professionnels

 

Dossiers associés

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    Les 2es Journées Vincent Merle - 22 et 23 janvier 2019

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    Les 1res Journées Vincent Merle - 17 et 18 janvier 2017

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