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Les politiques de la formation

Lutte contre l'illettrisme et socle de connaissance et de compétences

Longtemps placée dans le champ de l’exclusion, la lutte contre l’illettrisme est aujourd’hui une préoccupation largement partagée sur le terrain de la formation professionnelle continue.

Vous souhaitez vous renseigner pour vous former, pour un de vos salariés ou une personne que vous connaissez ? Vous avez envie de vous reconvertir, de progresser ? Quelles démarches suivre, à qui s'adresser, quelles sont les possibilités de prise en charge ?

Ce dossier présente les politiques actuelles et des dispositifs de lutte contre l’illettrisme et d’acquisition du socle de connaissances et de compétences sur notre territoire.
Les statistiques nationales de ce dossier réfèrent toutes à l’enquête IVQ INSEE-ANLCI 2011  

Lutte contre l’illettrisme : un cadre d’actions renouvelé pour tous les âges de la vie

La lutte contre l’illettrisme et les formations pour l’acquisition des compétences de base  sont désormais placées au cœur des dispositifs de formation tout au long de la vie.

Depuis 2009, partenaires sociaux et parlementaires ont institué un véritable droit à bénéficier d’une formation de base, indispensable à des parcours professionnels plus sûrs et plus performants, à une vie personnelle autonome, à des activités sociales et citoyennes.

Les branches professionnelles sont invitées à négocier tous les trois ans les priorités, les objectifs et les moyens de la formation professionnelle, parmi lesquels les actions en faveur des salariés des niveaux de qualification les moins élevés, en particulier, ceux qui ne maîtrisent pas les compétences de base.

Les Contrats de Plans Régionaux de Développement de la Formation et de l’Orientation professionnelles (CPRDFOP) doivent prendre en compte les plans régionaux de lutte contre l’illettrisme et veillent à intégrer l’ensemble des enjeux contribuant à sécuriser l’accès à la formation : la prévention et la lutte contre le décrochage et l’illettrisme, les outils et aides pour lever les freins périphériques à l’insertion...

Ainsi à tous les âges de la vie, quels que soient la situation et le statut, des droits et des moyens ont été mis en place pour garantir l’acquisition des compétences de base en vue de favoriser principalement l’accès ou le retour à l’emploi.

Illettrisme et emploi

Les salariés en difficulté à l’écrit sont surreprésentés dans les emplois relativement peu qualifiés et sous-représentés dans les emplois de plus haut niveau. Cette différence de qualification professionnelle se reflète par conséquent sur le salaire. Au reste, les salariés en difficulté sont plus souvent à temps partiel.
Au plan national, on estime que 1 275 000 personnes en situation d’illettrisme (51 %) sont dans l’emploi (58 % d’hommes et 44 % de femmes).
10 % des demandeurs d’emploi et 6 % des personnes dans l’emploi sont en situation d’illettrisme.
Les adultes en situation d’illettrisme se forment moins que les adultes qui n’ont pas de problème face à l’écrit. Seuls 34 % des personnes maîtrisant mal l’écrit ou la lecture déclarent avoir suivi une ou plusieurs formations dans les cinq dernières années contre 59 % des adultes sans difficulté.

Le socle de connaissances et de compétences professionnelles, évoqué dès 2009 par les partenaires sociaux, a vu sa mise en œuvre concrétisée par une certification CléA portée par les partenaires sociaux et inscrite au répertoire spécifique de France Compétences.
Les entreprises sont responsabilisées par rapport au maintien des compétences et de l’employabilité de leurs salariés.

Les OPCO se sont outillés pour aider les employeurs et les salariés à mieux aborder cette question.

Quels sont les enjeux pour les individus et pour les entreprises ?

  • Faciliter l’accès à l’emploi
  • Faciliter l’accès à des formations y compris des formations techniques
  • Favoriser la mobilité professionnelle
  • Répondre aux nouvelles exigences du travail et s’adapter aux changements
  • Et tout simplement : réduire le stress, la peur de se tromper, faciliter l’échange et la communication, la promotion sociale…

Pour sortir de l’illettrisme, de nouveaux droits opposables ont été mis en place et sont susceptibles de bénéficier aux personnes les plus fragiles mais l’accès effectif au droit dépendra de plusieurs conditions :

  • Une information claire sur ces droits qui dédramatise les difficultés de la personne et inscrive les solutions dans le contexte professionnel
  • La qualité des conseils apportés par les professionnels chargés du CEP (conseil en évolution professionnelle) nécessite une clarification de ce qu’est réellement l’illettrisme ainsi que des outils adaptés
  • La qualité et la pertinence de la prestation de formation : les formations in situ, basées sur les compétences professionnelles en lien avec le poste de travail, à partir de situations, de gestes, d’écrits professionnels.

D’une façon générale, il convient d’amplifier l’effort de sensibilisation pour tous les professionnels en charge de l’orientation à tous les moments de la vie ainsi qu’en direction du monde du travail (les OPCO sont un relais très important auprès des TPE/PME).

Les organismes de formation peuvent s’appuyer sur les programmes régionaux de professionnalisation pour mettre en œuvre des pédagogies adaptées, en particulier se former au RCCSP (Référentiel des compétences clés en situation professionnelle). Pour des personnes éloignées de la formation, il est important de rappeler qu’il est possible de (ré) apprendre à tout âge et qu’on ne forme pas « hors sol », c’est-à-dire sans ancrage avec la situation sociale ou professionnelle de la personne.

Des outils de prévention et de sensibilisation

  • Annuaire en ligne de l’ANLCI propose des organismes de formation intervenant sur les compétences de base en entreprise.
  • Plaquette ANLCI-Medef pour présentation des enjeux de la lutte contre l'illettrisme pour les entreprises.
  • Guide pratique du CNFPT pour aider les collectivités territoriales souhaitant s’engager dans la lutte contre l’illettrisme.
  • Guide du Medef Poitou-Charentes pour aider les dirigeants d'entreprise à repérer l'illettrisme et engager des actions.
  • Vidéo : interview d'Hervé Fernandez, directeur de l'ANLCI le samedi 4 mars 2017 sur le thème : "Quel est le rôle de l'entreprise dans la lutte contre l'illettrisme ? "

Socle de connaissance et de compétences - CléA et Programmes Région

Le socle commun de connaissances et de compétences professionnelles est constitué de l'ensemble des connaissances et compétences qu'il est utile de maîtriser pour accéder à la formation professionnelle et favoriser son insertion professionnelle, ainsi que pour la vie sociale, civique et culturelle.

Il comprend 7 domaines :

  • la communication en français
  • l'utilisation des règles de base de calcul et du raisonnement mathématique
  • l'utilisation des techniques usuelles de l'information et de la communication numérique
  • l'aptitude à travailler en équipe
  • l’aptitude à travailler en autonomie
  • la capacité d'apprendre à apprendre tout au long de la vie
  • la maîtrise des gestes et postures, le respect des règles d'hygiène, de sécurité et environnementales élémentaires.

La certification CléA

Apprécié dans un contexte professionnel, le socle fait l'objet d'une certification appelée CléA, recensée au répertoire spécifique dont le référentiel précise les connaissances et les compétences visées, les conditions d'évaluation des acquis, et permet de prendre en compte les spécificités sectorielles (voir le référentiel mis à jour en 2017).

Sur appel à projets, le Copanef, les Coparef en région et les branches professionnelles ont habilité les prestataires qui souhaitent dispenser les formations et/ou assurer l’évaluation des bénéficiaires en vue de la délivrance de la certification. Ce dispositif est en cours de modification suite à la loi Avenir professionnel.
Les formations préparatoires peuvent notamment être financées au titre du Compte Personnel de Formation. + d'infos : www.moncompteactivite.gouv.fr

Consulter l'appel à projets CléA lancé en Nouvelle-Aquitaine.

Pour aller plus loin :


Correspondances entre le référentiel de compétences clés en situation professionnelle (RCCSP) et la certification CLéA

Afin d’améliorer la prise en charge en terme de formation des personnes confrontées à l’illettrisme qui souhaiteraient obtenir le certificat CléA à l’issue de leur parcours de formation, l’ANLCI a produit une table de correspondance entre chacun des 108 résultats attendus du référentiel socle et les 3 degrés du RCCSP.

Cette table de correspondance s'adresse à tous les acteurs de la formation professionnelle (prescripteurs de formation, organisme de formation, OPCA, Fongécif…).

L’ANLCI précise que le RCCSP n’est pas de même nature que le référentiel de certification CléA. Le RCCSP est en effet un référentiel de compétences alors que le référentiel CléA est un référentiel de certification. Il faut par ailleurs souligner que le CléA n’est pas un dispositif mais un diplôme, une certification interprofessionnelle.

Les programmes Région


La loi de mars 2014 a par ailleurs donné compétences aux Régions d’organiser des actions de prévention et d’acquisition du socle de connaissances et de compétences pour contribuer à la lutte contre l’illettrisme.

A cette fin, la Région finance une offre de formation de proximité qui couvre de manière extensive ce socle de compétences et de connaissances, au travers de programmes qui vont être harmonisés dans le cadre d'une nouvelle habilitation de service public.

Se former aux compétences de base : quels financements ?

L'Etat, les collectivités territoriales, les établissements publics, les établissements d'enseignements publics et privés, les associations, les organisations professionnelles, syndicales et familiales ainsi que les entreprises concourent chacun pour leur part, aux actions de lutte contre l’illettrisme.

Pour les actifs (salariés ou demandeurs d'emploi), les actions nécessaires pour obtenir le certificat CléA sont prises en charge par certains dispositifs de formation professionnelle : POE, CPF, Plan de développement des compétences de l’employeur...

L’Etat et les Régions peuvent mettre en place et financer des dispositifs spécifiques de lutte contre l’illettrisme pour les demandeurs d’emploi.

Les DIRECCTE peuvent parfois financer des projets dans le cadre d’EDEC (engagement pour le développement de l’emploi et des compétences), voire du soutien à l’insertion par l’activité économique (IAE).

Le FSE peut également dans certains cas être mobilisé dans le cadre de son axe « favoriser l'adaptation des salariés - notamment ceux menacés à court ou moyen terme par le chômage - aux évolutions techniques des systèmes de production et aux mutations structurelles et organisationnelles des entreprises ».

Enfin, plusieurs fondations soutiennent des associations qui agissent dans la prévention de l’illettrisme et la formation aux savoirs de base ; elles lancent régulièrement des appels à projet : Fondation du Crédit mutuel pour la lecture ; Fondation Orange ; Fondation SNCF

 

Tableau des dispositifs/financements du socle de connaissance et de compétences

Dispositifs de formation

Organismes de formation

Financements

Publics

Source : Cap Métiers

Clefs des savoirs citoyens, Portail service public et Compétences clés en Aquitaine

Organismes conventionnés par la Région

Région + FSE

selon les dispositifs des ex Régions

Préparation Certificat CléA

Organismes habilités CléA

CPF ou autre (Plan, Opco, AIF…)

Salariés et demandeurs d'emploi

Actions de formation continue
sur les compétences de base

Organismes de formation prof. Continue

Formation continue (Plan, PRF…) sauf CPF

Salariés et demandeurs d'emploi

Actions illettrisme (hors FPC)

Autres organismes

Autres : CCAS, Département, fondations...

Tous publics

 

Illettrisme, de quoi parle-t-on ?

Le cadre de référence de l’Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme


L’ANLCI (Agence nationale de lutte contre l’illettrisme) a défini l’illettrisme dans un Cadre national de référence.
 
« L’illettrisme qualifie la situation de personnes de plus de 16 ans qui, bien qu'ayant été scolarisées, ne parviennent pas à lire et comprendre un texte portant sur des situations de leur vie quotidienne, et/ou ne parviennent pas à écrire pour transmettre des informations simples. Pour certaines personnes, ces difficultés en lecture et écriture peuvent se combiner, à des degrés divers avec une maîtrise insuffisante de compétences de base, comme la communication orale, le raisonnement logique, la compréhension et l’utilisation des nombres et des opérations, la prise de repères dans l’espace et dans le temps, etc. »
 
Il faut souligner que ne sont donc pas considérés comme étant en situation d’illettrisme les adultes n’ayant jamais été scolarisés, qui doivent réaliser un premier apprentissage (alphabétisation), ni les étrangers ne parlant pas la langue française, qui sont concernés par l’apprentissage du FLE (Français langue étrangère).
La lutte contre l’illettrisme ne doit pas être confondue avec la politique linguistique en faveur des migrants, mais être considérée dans le cadre d’une démarche de formation tout au long de la vie.

Combien de personnes concernées ?


7 % de la population adulte âgée de 18 à 65 ans ayant été scolarisée en France est en situation d’illettrisme, soit 2 500 000 personnes en métropole.

La Journée Défense et Citoyenneté (JDC) est un outil de détection qui permet de chiffrer la part des jeunes qui maitrisent insuffisamment la lecture. Depuis 2010, des tests d’évaluation des acquis fondamentaux de la langue française conçus par le Ministère de l’Education Nationale sont réalisés au cours de cette journée par les différents Centres du Service National auprès des jeunes garçons et filles de 17 ans.

Selon la Depp, en 2018, plus de 710 000 jeunes âgés de 16 à 25 ans, de nationalité française, ont participé à la journée défense et citoyenneté (JDC). Selon les évaluations effectuées à cette occasion, 11,5 % d’entre eux sont en difficulté de lecture.

C’est d’abord le niveau en compréhension de l’écrit qui distingue les jeunes ayant des difficultés de ceux qui n’en ont pas.
Ceux qui rencontrent les difficultés les plus sévères, et qui représentent 5,2 % de l’ensemble, se caractérisent par un déficit important de vocabulaire.
3,4 % des jeunes n’ont pas les mécanismes de base de traitement du langage écrit. Ces jeunes peuvent être considérés en situation d’illettrisme, selon les critères de l’ANLCI.
Les jeunes des profils 3 et 4 (6,3 %) ont un niveau lexical oral correct, mais ne parviennent pas à comprendre les textes écrits. Pour les jeunes du profil 3 (3 %), des mécanismes de lecture déficitaires peuvent être invoqués. Quant à ceux du profil 4 (3,3 %), ils ont un niveau de lexique correct, mais comprennent mal ce qu’ils lisent.

La fréquence des difficultés de lecture est, en France métropolitaine, plus prononcée dans des départements du nord ou entourant l’Île-de-France.

En Nouvelle-Aquitaine, la part des jeunes en difficulté de lecture varie beaucoup entre les départements : elle atteint 15,2 % en Charente, 13,7 % dans la Creuse et 13,9 % dans les Deux-Sèvres. En revanche, le taux est en deçà de la moyenne nationale dans les Landes (9,2 %) et les Pyrénées-Atlantiques (9,4%).

  • Résultats des tests d'évaluation en lecture réalisés dans le cadre de la Journée Défense et Citoyenneté (JDC) : Note d’information de la DEPP – Juin 2019

Des ressources

Textes officiels

  • ANI du 7 janvier 2009 sur la formation instaure l'actualisation d'un socle de compétences
  • L'article L 6111-2 du code du travail stipule que "les actions de lutte contre l'illettrisme et en faveur de l'apprentissage de la langue française font partie de la formation tout au long de la vie".
  • Cadre national de principes et d'actions pour prévenir l'illettrisme (Janvier 2014)
  • Code du travail : financement  d'actions visant l'acquisition du socle de connaissances et de compétences via, notamment, la mobilisation du CPF.

Sélection de ressources en ligne

Outils de repérage

  • Sélection de guides pour sensibiliser, repérer et accompagner (Défi Métiers - 2016)
  • Imagana, le serious game de lutte contre l'illettrisme
  • Plateforme de formation digitale de l'ANLCI
    Pour déceler les indices révélateurs et aborder cette question avec les personnes concernées afin de leur proposer des solutions efficaces.
    Plateforme d'E-learning de l'ANLCI